Extrait de l’introduction

L’écriture de ce récit a commencé le soir d’une belle journée d’ermitage, neuf jours après être revenu de mon premier pèlerinage auprès de saint Antoine à Padoue. Durant l’après-midi, alors que je me promenais comme chaque jour de solitude en ruminant toutes sortes de pensées sur Sathya Sai Baba et le christianisme, j’entendis au fond de moi une voix me dire « Écris ce que tu as vécu ». Cette motion intérieure subite semblait bien réelle et je ressentis à l’instant même comme une vanne s’ouvrir pour laisser jaillir les mots nécessaires à une telle entreprise. De retour dans ma communauté, je me mis à écrire avec une facilité étonnante les deux premières pages de ce récit alors que j’avais toujours lutté auparavant pour coucher sur papier ce qui habitait mon cœur. Je sentais l’inspiration venir d’ailleurs et chaque ligne qui émergeait était comme une thérapie joyeuse.

La Source du Coeur, Introduction, Lionel Massart, Auto-édition Lulu.com

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Premiers pas dans un ashram

Un saut dans l’inconnu: chez Arnaud Desjardins

Je me décide à prendre la plume pour écrire une belle lettre de motivation à l’ashram d’Arnaud Desjardins dont je lis encore régulièrement les livres. Je me dis que ce petit saut en France me permettra d’en faire un plus grand plus tard vers l’Inde si l’expérience se révèle aussi riche qu’elle le promet.

Après une réponse positive, je m’en vais pour vivre ce premier séjour chez un maître spirituel. Partir seul comme cela, avec mon sac à dos, un bout en T.G.V et l’autre bout en auto-stop pour faire une retraite dans un ashram, c’est déjà une petite aventure toute nouvelle pour moi. C’est l’inconnue et il y a de l’inquiétude. Dans mon cheminement spirituel, ce saut est en fait bien plus grand que les quelques centaines de kilomètres qui doivent me mener à ce petit lieu près de Valence, en France. Avant d’y arriver, mon esprit est tout excité, s’agite et vit un petit combat. Comment cela va-t-il se passer, qui vais-je rencontrer, quelle impression aurai-je à la rencontre d’un maître spirituel,… ? Puisque c’est ma première expérience, l’hôtellerie de l’ashram m’a proposé une retraite de 3 jours. Avec un laps de temps aussi court, je sais que je ne risque pas grand-chose en faisant ce premier pas.

J’arrive à l’ashram après plusieurs heures de voyage. Aussitôt la qualité de l’accueil m’apaise. Le lieu, beau et simple, porte à l’intériorité et au silence. Je loge dans une grande chambre bien propre de quatre lits et mes compagnons de chambrée me sont d’emblée bienveillants. À la suite de mon cousin Pierre, ils sont mes premiers compagnons d’émerveillement. Nous avons en commun la joie du cheminement et le partage des trésors que nous y découvrons. Je prends mieux conscience des richesses de la vie fraternelle.

Le programme que l’ashram propose est suivi, rythmé par le gong et équilibré. Le règlement d’ordre intérieur est discipliné et souple. Les repas se font dans un silence impressionnant qui contraste avec le bruit que je fais lorsque, dès mon premier repas, je casse mon verre par mégarde. Je me confonds en excuses d’avoir brisé le verre et le silence, tout en veillant à ne pas l’interrompre davantage… Mais la bienveillance autour de moi me rassure et me fait oublier rapidement ce petit incident humiliant pour le novice que je suis.

Très vite, j’aime ce lieu de méditation et d’enseignement enraciné dans les collines à la frontière de l’Ardèche et de la Drôme. Tous les jours, je prends un temps de promenade dans ces beaux paysages. Je participe sérieusement à toutes les activités qui sont proposées : temps de méditation, de questions-réponses, de partages fraternels, de travail manuel, d’exercices physiques. Je passe aussi beaucoup de mes temps libres dans la belle petite chapelle chrétienne qui y est aménagée.

La Source du Coeur, chapitre 5, Lionel Massart, Auto-édition Lulu.com

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Rencontre avec Sathya Sai Baba

Le Saint des saints

Ensuite, Sai Baba prend chacun à part dans une petite pièce annexe pour nous parler personnellement. Aucune parole ne traverse le simple rideau nous séparant de ce Saint des saints dans lequel se vivent ces rencontres secrètes qui resteront gravées éternellement dans l’âme de ceux qui y sont invités. Et dans l’attente de mon tour, je me tiens en prière dans la pièce commune. Je m’attends à être invité à chaque sortie de Sai Baba et d’un de ses invités, mais lorsque le dernier sort, Baba vient se rasseoir dans son fauteuil. Je ne me formalise pas de ne pas être appelé car je suis déjà bien privilégié par toute l’attention qu’il me manifeste. Néanmoins, après avoir fait mine sympathiquement de m’oublier, Baba se relève aussitôt et m’invite très chaleureusement à le suivre dans ce petit espace, le cœur de sa demeure terrestre.

Tremblant, je ne peux m’empêcher de trébucher en passant le parvis de la petite porte, ce qui me vaut un divin « slowly, slowly » . Baba me présente sa main. Je crois d’abord qu’il m’invite à m’asseoir mais il veut que je mette ma main dans la sienne. Quelle grâce de déposer ma main dans cette main toute-puissante et pourtant si tendre ! Je m’assois à ses pieds puis il me pose plusieurs questions avec une grande douceur : « Que fais-tu ? », « Quand retournes-tu ? »,…

En cet instant inoubliable, je renais à une vie nouvelle dans les mains de ce chirurgien céleste. Le temps s’est arrêté et je suis tout entier plongé dans le rayonnement fascinant de ce buisson ardent brûlant mon âme sans la consumer. Je me repose comme un enfant dans la paume de cette toute-puissance d’Amour, insouciant et inconscient de ce qui se vit au-delà de ces quatre murs. Tout est Baba, il n’y a que lui, rien d’autre n’existe en dehors de lui, « rien de ce qui s’est fait ne s’est fait sans lui. En lui est la Vie, et la Vie est la lumière des hommes » . Je voudrais planter ma tente ici, comme saint Pierre à la transfiguration du Christ .

Soudain il me demande : « Que veux-tu ? » J’attendais cette question avec un grand désir. Il l’avait posée à Olivier, le Français du groupe dont je faisais partie à l’ashram de Bangalore, et il lui avait demandé une bague. Je m’étais donc préparé une réponse dans l’espérance que cette question me soit un jour posée : « J’aime Jésus, Swami ». Il me demande de répéter : « J’aime Jésus ». Alors il me dit : « Plus tard… ». Peu après il me dit : « Je t’aiderai ».

La Source du Coeur, Chapitre 8, Lionel Massart, Auto-édition Lulu.com

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La présence de Jésus

Ma petite Bible bleue m’accompagne toujours. Je la lis régulièrement, souvent pendant les longues heures d’attente du darshan. Avec Jacques, un ami québécois rencontré dans une file d’attente, nous parlons parfois de ce qui nous touche dans ce livre. Jacques a reçu sa Bible par une de ses connaissances avant de partir en Inde. Il l’avait acceptée par politesse mais ne pensait plus en avoir besoin car il avait pour projet de devenir yogi dans les Himalaya. La Providence en ayant décidé autrement, il est ici depuis plusieurs semaines et ouvre régulièrement sa Bible. Il y aime spécialement les psaumes tandis que je lui parle de la vie du Roi David, ce grand roi au cœur pur.

Malgré ma présence dans cet environnement plutôt hindou, mon cœur aime encore Jésus qui reste pour moi une personne vivante. Je ne suis pas inspiré à prier devant une divinité locale, même si j’ai de plus en plus de sympathie pour Krishna grâce à la lecture d’une très bonne traduction de la Bhagavad Gita, un des textes sacrés hindous. J’aime cette relation qu’il entretient avec Arjuna et l’enseignement qu’il lui donne sur le champ de bataille de Kurukshetra. Mais j’ai grandi avec les images de Jésus et de ses disciples sur les chemins de la Galilée et de la Judée, j’ai déjà beaucoup prié le Christ et ai été maintes fois exaucé. La Bible reste une parole vivante qui continue de me parler et je me souviens du bienfait apporté par l’Eucharistie dans ma vie spirituelle.

Sai Baba ne me demande pas de changer de religion mais Il m’appelle plutôt à devenir un meilleur chrétien, c’est-à-dire à mettre de mieux en mieux en pratique les enseignements divins du Christ. Je ne vois aucune contradiction entre les enseignements essentiels de Sai Baba et ceux du Christ donnés dans les évangiles. Seuls les hommes, inspirés plus ou moins par l’Esprit, les interprètent différemment, ce qui est d’ailleurs source de bien des conflits lorsqu’ils se considèrent exclusivement détenteurs de la bonne interprétation. Mais si on s’en tient au cœur de ces enseignements, on y retrouve le même amour, la même exigence, le même but, malgré des formes différentes. Chez Sai Baba, je ne me sens donc aucunement en conflit avec mes racines chrétiennes. Bien au contraire, je les sens revivre, retrouver leur force, et je désire approfondir la connaissance de ma religion.

La Source du Coeur, Chapitre 9, Lionel Massart, Auto-édition Lulu.com

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Dans les bras d’Amma

Le plein de tendresse

Deux semaines après mon arrivée, je participe à mon premier satsang avec Amma. À la fin de son enseignement, un darshan improvisé commence et je me mets dans la file en attendant mon tour. Très vite, ses bras maternels m’enserrent et sa douce voix me susurre à l’oreille des paroles en malayâlam. Le moment est très vite passé et me laisse avec de beaux sentiments dans le cœur. Je reste plusieurs minutes en silence pour mieux goûter à ce baiser maternel très doux pour l’âme.

Ce petit darshan est suivi quelques jours plus tard par le Devi Bhava, un long darshan spécialement soigné se déroulant toute la nuit au son des bhajan chantés en continu. Amma y donne la pleine mesure de son amour et prend dans ses bras une multitude de dévots s’étant déplacés pour l’occasion. Le darshan commence par une petite mise en scène où Amma est revêtue des habits de la Mère divine puis les bhajan commencent et annoncent le long défilement de pèlerins devant Amma.

Nous sommes en début de soirée, et au vu du monde présent, le darshan ne se terminera pas avant l’heure du petit-déjeuner demain matin. Des milliers de gens attendent la bénédiction d’Amma et chacun reçoit une heure de passage afin de ne pas se bousculer ou attendre toute la nuit debout. Je serai accueilli par Amma au beau milieu de la nuit mais je veux faire l’effort de veiller pendant tout le darshan et contempler ainsi la beauté de ce don d’amour à l’humanité. Après tout, je pourrai me reposer à l’envi demain. Je n’ai jamais passé une nuit en prière et c’est l’occasion d’essayer !

Après quelques heures de chants, je commence néanmoins à me battre avec mes paupières qui, elles, ne désirent pas veiller. J’essaie de me promener, de faire un peu d’exercice pour rester éveillé mais les minutes passent très lentement et je me dis petit à petit qu’il n’y a pas de honte à aller s’endormir quelques heures… Finalement, l’appel du matelas est le plus fort et je m’endors, soulagé, jusqu’à l’heure de mon rendez-vous.

Au réveil, je redescends et m’aperçois que le hall de prière est de plus en plus désert. Comme moi, de nombreuses personnes ont préféré les bras de Morphée à ceux d’Amma. « Ainsi, vous n’avez pas eu la force de veiller une heure avec moi ? Veillez et priez pour ne pas entrer en tentation ; l’esprit est ardent, mais la chair est faible » . Amma, au contraire, est fidèle au poste de manière impressionnante. Comme la lune en cette nuit, elle brille pour tous les hommes, qu’ils soient grands pécheurs ou grands saints. Souriante, maternelle, elle semble fraîche comme les cinq premières minutes du darshan. Seul son sari blanc se salit au fur et à mesure des têtes qui se posent sur son épaule. Chaque dévot est accueilli comme s’il était le seul au monde, l’élu ayant droit à la plénitude de l’Amour de Dieu. Je vois soudain le vieux journaliste australien se jeter dans les bras d’Amma puis se relever. Je suis ému de voir cet homme bouleversé par la tendresse d’une femme ayant l’âge d’être sa fille. Il semble rajeuni par ce contact maternel si pur d’amour. Bientôt ce sera mon tour de vivre ce moment. De nouveau, une multitude de pensées me traversent. Le moment d’attente est intense car il y a aussi en Amma cette force de vie céleste. C’est elle qui dirige la manœuvre et on ne peut pas savoir à l’avance ce qui va se passer, ce qu’elle va nous dire. Mais Amma me fait un beau sourire, comme une mère émerveillée de son fils, puis me presse sur son épaule. Merci, Mère, pour cet instant d’éternité passé avec toi !

Après quelques minutes de prière d’action de grâces, je retourne me coucher comme un bienheureux ayant reçu la bénédiction de sa maman. Je me relève quelques heures plus tard et m’aperçois que le darshan n’est toujours pas terminé. Amma continue de manière surhumaine ses bénédictions maternelles. Vraiment, il n’y a pas de différence dans sa qualité de présence pour le premier passé hier soir et ceux qui passent encore ce matin. C’est incroyable ! La force d’Amma vient d’ailleurs et je comprends maintenant mieux l’impressionnant miracle de guérison du lépreux.

La force guérissante de l’Amour

Il y a quelques années s’était présenté pendant le darshan un lépreux à la porte de l’ashram. Sa lèpre purulente lui interdisait toute vie sociale. Son corps et son visage n’étaient qu’un amas de plaies ouvertes laissant émerger un pus infect. Complètement défiguré, d’une odeur nauséabonde, il ne pouvait porter qu’un petit pagne à cause du pus s’écoulant en permanence de son corps. Même ses yeux étaient attaqués et deux petites fentes lui permettaient encore d’apercevoir la lumière du jour. Rejeté de partout, même des autres lépreux, ce plus misérable des misérables était venu demander son aide à Amma dans un ultime recours, ayant foi que cette mère universelle pourrait lui apporter sa compassion dans cet état terriblement inhumain.

Empêché de participer au darshan par des disciples très humains à qui je n’oserais lancer la pierre, Amma sortit elle-même au secours de son fils, l’étreignit, lécha toutes ses plaies et en suça le pus avec sa bouche, aux yeux de l’assistance proche de l’évanouissement face à cette scène insoutenable pour nos sens et nos cœurs précieux. Pour finir, Amma lui donna un bain. L’homme, lavé extérieurement, fut aussi purifié intérieurement. Sa lèpre disparut, ne laissant à cet homme nouveau que les stigmates corporels dus à la profondeur du mal dont il souffrait, signes gardés en mémorial de ce que cette Mère universelle fit pour lui.

Ce miracle, aussi éclatant et indéniable que le sourire d’Amma, me touche profondément. Seul le plus pur Amour divin est capable de sauver et faire renaître ainsi un homme au comble d’un tel état d’inhumanité. Pourtant, cette lèpre extérieure guérie n’est encore rien à côté de la lèpre plus profonde du péché habitant le cœur de l’homme que des grands êtres tels qu’Amma et Baba se plaisent à déloger, pardonner et purifier.

Le darshan se termine enfin et Amma retourne avec son sourire radieux dans ses appartements, accompagnée de ses plus proches disciples. Mon cœur remercie cette femme exceptionnelle dont je n’oublierai pas de sitôt le parfum des douces caresses maternelles.

La Source du Coeur, Chapitre 11, Lionel Massart, Auto-édition Lulu.com

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