Dans les bras d’Amma

Le plein de tendresse

Deux semaines après mon arrivée, je participe à mon premier satsang avec Amma. À la fin de son enseignement, un darshan improvisé commence et je me mets dans la file en attendant mon tour. Très vite, ses bras maternels m’enserrent et sa douce voix me susurre à l’oreille des paroles en malayâlam. Le moment est très vite passé et me laisse avec de beaux sentiments dans le cœur. Je reste plusieurs minutes en silence pour mieux goûter à ce baiser maternel très doux pour l’âme.

Ce petit darshan est suivi quelques jours plus tard par le Devi Bhava, un long darshan spécialement soigné se déroulant toute la nuit au son des bhajan chantés en continu. Amma y donne la pleine mesure de son amour et prend dans ses bras une multitude de dévots s’étant déplacés pour l’occasion. Le darshan commence par une petite mise en scène où Amma est revêtue des habits de la Mère divine puis les bhajan commencent et annoncent le long défilement de pèlerins devant Amma.

Nous sommes en début de soirée, et au vu du monde présent, le darshan ne se terminera pas avant l’heure du petit-déjeuner demain matin. Des milliers de gens attendent la bénédiction d’Amma et chacun reçoit une heure de passage afin de ne pas se bousculer ou attendre toute la nuit debout. Je serai accueilli par Amma au beau milieu de la nuit mais je veux faire l’effort de veiller pendant tout le darshan et contempler ainsi la beauté de ce don d’amour à l’humanité. Après tout, je pourrai me reposer à l’envi demain. Je n’ai jamais passé une nuit en prière et c’est l’occasion d’essayer !

Après quelques heures de chants, je commence néanmoins à me battre avec mes paupières qui, elles, ne désirent pas veiller. J’essaie de me promener, de faire un peu d’exercice pour rester éveillé mais les minutes passent très lentement et je me dis petit à petit qu’il n’y a pas de honte à aller s’endormir quelques heures… Finalement, l’appel du matelas est le plus fort et je m’endors, soulagé, jusqu’à l’heure de mon rendez-vous.

Au réveil, je redescends et m’aperçois que le hall de prière est de plus en plus désert. Comme moi, de nombreuses personnes ont préféré les bras de Morphée à ceux d’Amma. « Ainsi, vous n’avez pas eu la force de veiller une heure avec moi ? Veillez et priez pour ne pas entrer en tentation ; l’esprit est ardent, mais la chair est faible » . Amma, au contraire, est fidèle au poste de manière impressionnante. Comme la lune en cette nuit, elle brille pour tous les hommes, qu’ils soient grands pécheurs ou grands saints. Souriante, maternelle, elle semble fraîche comme les cinq premières minutes du darshan. Seul son sari blanc se salit au fur et à mesure des têtes qui se posent sur son épaule. Chaque dévot est accueilli comme s’il était le seul au monde, l’élu ayant droit à la plénitude de l’Amour de Dieu. Je vois soudain le vieux journaliste australien se jeter dans les bras d’Amma puis se relever. Je suis ému de voir cet homme bouleversé par la tendresse d’une femme ayant l’âge d’être sa fille. Il semble rajeuni par ce contact maternel si pur d’amour. Bientôt ce sera mon tour de vivre ce moment. De nouveau, une multitude de pensées me traversent. Le moment d’attente est intense car il y a aussi en Amma cette force de vie céleste. C’est elle qui dirige la manœuvre et on ne peut pas savoir à l’avance ce qui va se passer, ce qu’elle va nous dire. Mais Amma me fait un beau sourire, comme une mère émerveillée de son fils, puis me presse sur son épaule. Merci, Mère, pour cet instant d’éternité passé avec toi !

Après quelques minutes de prière d’action de grâces, je retourne me coucher comme un bienheureux ayant reçu la bénédiction de sa maman. Je me relève quelques heures plus tard et m’aperçois que le darshan n’est toujours pas terminé. Amma continue de manière surhumaine ses bénédictions maternelles. Vraiment, il n’y a pas de différence dans sa qualité de présence pour le premier passé hier soir et ceux qui passent encore ce matin. C’est incroyable ! La force d’Amma vient d’ailleurs et je comprends maintenant mieux l’impressionnant miracle de guérison du lépreux.

La force guérissante de l’Amour

Il y a quelques années s’était présenté pendant le darshan un lépreux à la porte de l’ashram. Sa lèpre purulente lui interdisait toute vie sociale. Son corps et son visage n’étaient qu’un amas de plaies ouvertes laissant émerger un pus infect. Complètement défiguré, d’une odeur nauséabonde, il ne pouvait porter qu’un petit pagne à cause du pus s’écoulant en permanence de son corps. Même ses yeux étaient attaqués et deux petites fentes lui permettaient encore d’apercevoir la lumière du jour. Rejeté de partout, même des autres lépreux, ce plus misérable des misérables était venu demander son aide à Amma dans un ultime recours, ayant foi que cette mère universelle pourrait lui apporter sa compassion dans cet état terriblement inhumain.

Empêché de participer au darshan par des disciples très humains à qui je n’oserais lancer la pierre, Amma sortit elle-même au secours de son fils, l’étreignit, lécha toutes ses plaies et en suça le pus avec sa bouche, aux yeux de l’assistance proche de l’évanouissement face à cette scène insoutenable pour nos sens et nos cœurs précieux. Pour finir, Amma lui donna un bain. L’homme, lavé extérieurement, fut aussi purifié intérieurement. Sa lèpre disparut, ne laissant à cet homme nouveau que les stigmates corporels dus à la profondeur du mal dont il souffrait, signes gardés en mémorial de ce que cette Mère universelle fit pour lui.

Ce miracle, aussi éclatant et indéniable que le sourire d’Amma, me touche profondément. Seul le plus pur Amour divin est capable de sauver et faire renaître ainsi un homme au comble d’un tel état d’inhumanité. Pourtant, cette lèpre extérieure guérie n’est encore rien à côté de la lèpre plus profonde du péché habitant le cœur de l’homme que des grands êtres tels qu’Amma et Baba se plaisent à déloger, pardonner et purifier.

Le darshan se termine enfin et Amma retourne avec son sourire radieux dans ses appartements, accompagnée de ses plus proches disciples. Mon cœur remercie cette femme exceptionnelle dont je n’oublierai pas de sitôt le parfum des douces caresses maternelles.

La Source du Coeur, Chapitre 11, Lionel Massart, Auto-édition Lulu.com

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