Amour sans frontières

Sur le mont Athos a vécu le père Païssios (†1994). Selon un témoin, il avait deux chats : Mohammed et Arafat. Il les aimait beaucoup et s’en occupait avec tendresse. Un jour, un jeune moine vint en visite. Il s’étonna de ce qu’un grand serpent entrât et sortît par-dessous les pierres. Le jeune moine s’en rapprocha pour le tuer, mais le père Païssios l’arrêta en disant :

– Tu veux tuer mon disciple ?

Le jeune moine demanda :
– Quel disciple ?

– Viens avec moi, répondit le père Païssios.

Ils allèrent tous deux près du tombeau du père Tikhôn qui était l’ancien habitant de l’ermitage, et le père Païssios désigna un serpent :

– Voilà mon premier disciple, il vient l’après-midi. Dans ma cellule, il y a douze rats et un autre serpent qui vient s’amuser avec eux. Mais il m’a joué un mauvais tour. Je lui donnais du lait, car les serpents aiment ça, et pendant trois jours il n’est pas venu boire. Lorsqu’il est réapparu, je l’ai appelé, je lui ai dit : « Pourquoi ne viens-tu pas ? » Je lui ai montré la boîte à lait, mais il restait dans son coin. Alors, moi : « Tu as péché, va te confesser. » Il a ouvert la bouche et il a recraché une grenouille. Je lui ai ordonné : « Pendant trois jours, tu vas jeûner, et c’est seulement après que je te donnerai à boire. »

– Mais Père, dit le jeune moine, les serpents me dégoûtent, pourquoi les aimes-tu ?

Le Père se mit en colère :
– Tu es moine et tu as peur des serpents ? Quand on a des petits chiens ou des petits chats, on joue avec eux. Il n’y a que deux sortes d’animaux que les gens n’aiment pas : les serpents et les rats. Et si nous, les moines, nous n’aimons pas ces pauvres créatures, qui pourra le faire ? Sont-ils insensibles à l’amour ? Tu n’as pas honte ? Ton cœur est-il devenu de pierre ?

Il arracha trois feuilles d’un arbre et dit au jeune moine :
– N’as-tu pas entendu le cri de douleur de l’arbre et ne comprends-tu pas que tous les êtres ressentent l’amour ? C’est par amour que Dieu a créé le monde, par amour que nos parents se sont mariés, c’est par amour que nous naissons et que nous grandissons, c’est par amour que d’autres hommes se marient et font des enfants. Et le dernier geste d’amour, ce sont les funérailles. La vie entière est accompagnée de l’amour. (…) Le Bon Dieu est tout Amour et il s’émeut de notre misérable offrande. Alors que nous, hommes, mangeons le doux miel des abeilles et n’offrons à Dieu que la cire dans un cierge, il se réjouit de notre offrande !

(extrait de Florilège du Mont Athos, Fabian DA COSTA, Paris 2005, p. 245, cité dans La sagesse comme art de vivre : Abécédaire de la vie spirituelle, Benoît Standaert, Bayard 2009)

Share

Laisser un commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *